jeudi, septembre 29, 2005

Un matin est né

Le nono je l’ai dit, ça l’a pas raté la maladie de la mine. En étouffant qu’il est parti, sans se plaindre ou presque, juste un peu, à la fin... C’était plus possible, lui qui n’avait de cesse que la nuit, son seul répit, toute sa vie ! Que ça, le sommeil et encore, il se levait de bonne heure... Pour le jardin, la main verte, c’était sa main ! Les tomates les bettes et cerisiers, pommiers ou abricotiers des légumes verts, les salades tout ça, les poules un coq, qui donnait le réveil des lapins un monde ! Radis pommes de terre, des noix les groseilles des poireaux ! Même les choux, des verts des rouges, et des carottes, persil céleris thym laurier basilic et encore et encore, de très bonnes prunes et de délicieuses fraises. Et ses deux chèvres qu’il menait partout, à l’époque des terrains vagues qu’étaient encore vastes et courants. La remise au fond du jardin, construite de ses mains, un tas de planches bien agencées... Et ses outils, aussi ceux sculptés par ses habiles soins des ustensiles de cuisine pour la nona, il savait user de ses mains, pour fait, elles étaient bien usées... Un petit homme, costaud comme un turc, le méditerranéen type, typé sud d’ailleurs, pas comme la nona, fort blanche de peau, du même village pourtant. Faut dire, il y eut du passage, des blonds Normands aux bruns Sarrasins, les gênes ont le choix de leurs surprises...
Leur mariage, c’est bien simple, lorsque leurs frère et sœur aînés respectifs se trouvèrent l’amour, ils eurent ces aînés l’originale idée de marier en chaîne la famille, deux frères deux sœurs c’était chic. Voilà, comme ça, vite réglé en ce temps-là, faut dire, on n’avait pas trop le temps de tergiverser, le travail pour bouffer survivre, ils étaient si pauvres dans le sud, même que le père de Rosa fut parti deux fois aux Amériques, sept et six années. À son retour il acheta deux plus que modestes maisons. Il mit aussi la petite graine d’où elle pousserait, plus tard il l’emmènerait faire la cueillette des amandes du matin au soir, sous le soleil oppressant de là-bas, du costaud le climat d’été, le village, Mattinata, se déverse à flanc de colline, bordé en avant de vastes champs d’oliviers, plus en avant encore est la plage qui se trouve mangée par les années, puis la mer Adriatique des pécheurs et nageurs, on est figurez-vous dans le talon de la botte, la région des Pouilles, derrière mais en fait tout entoure s’élèvent de hautes collines, ou de basses montagnes c’est selon... Le village loge ainsi au creux d’une géographie cuvette, ce qui crée un microclimat torride, la chaleur se garde et plus encore s’accumule, un début d’Afrique, les cocotiers en moins... Faut le voir, vraiment, les maisonnettes, certaines encore aux plafonds arrondis, les terrasses qui chapeautent le crâne brûlant du village, de loin on jurerait la Palestine ou quelque autre lointaine civilisation, tout de blanc vêtues les bâtisses, le pittoresque y est partout. Le matin, l’âne qui se réveille et vous réveille... Satané canasson ! Les anciens prolongent le passé, pour quelques années encore, puis tout partira, les jeunes couches dévorent la cité, ainsi toujours en sera-t-il... Le cousin de ma mère, Mateo, un personnage traditionnel, il garde les bêtes, chèvres poules et son fidèle âne, l’incontournable animal de locomotion... Le soleil l’accable depuis trop longtemps déjà, ahuri au fil des ans, la fournaise étreint et ne lâche plus, les pensées s’enfoncent dans la sieste de midi pour ne resurgir qu’à la descente du frais de la nuit...
Des terrains d’oliviers aussi le Mateo, ils font la cueillette, et sa femme œuvre le meilleur fromage de chèvre que des romains aient jamais goûté, des romains à qui ma mère fit découvrir l’authentique naturel des saveurs des campagnes reculées, protégées du bruit et des pollutions. Mais cela aussi change, un peu, comme ci comme ça, la marée arrive...
Mattinata, un matin est né, dans la langue...

Voici dont mon premier extrait de roman, pas nécessairement le meilleur morceau ni le pire, juste qu’il décrit comme peu souvent je le fais... Ça change, non ? J’espère ! Je dis roman mais au fond est-ce cela vraiment, c’est si moi-même... Bien contrasté donc, je suis un être à la tangente... Quoiqu’il faille apporter d’autres partitions choisies pour illustrer le singulier de ma ‘chose’ car l’échantillon d’aujourd’hui est plutôt conventionnel, mais agréable il m’a semblé. D’autres suivront et je ne demande qu’un retour à toute personne qui a lu et aimé. Colportez la bonne nouvelle, aux amis les lecteurs les amants de l’art enfin... Faites ma pub !
Dans une note parallèle, je commence à sérieusement envisager le départ vers un autre fournisseur de blog car chaque nouvelle entrée attire d’automatiques mails publicitaires, ce qui me dérange... Puis aussi, j’aimerais recevoir des réactions d’un large panel d’amateurs à mes extraits, sentir la température, voir si je fais un peu mouche, je ne sais pas, tenir compte d’un public et pourtant maintenir l’exigence, y toucher, un peu, de loin même, mais un peu... Donc aller vers un système blog moins reculé, peut-être même me lancer sur plusieurs fronts, et attendre les réactions, si tant est qu’il en advienne... Ah les gens...
Impressions appréciées. Mais NON perfides. Voyons !