vendredi, juillet 29, 2005

Les boxeurs finissent toujours par se congratuler à la fin

Extraits de courriel, je me rends compte que mes idées de la journée, de la soirée de la nuit, des jours passés (et à venir), finissent inlassablement, inéluctablement par venir baver dans chacune de me actions, chacune de mes interpellations, chacun de mes échanges, et ce quelle qu’en soit la demeure la durée, le terme et les raisons, ce compris leur destination. À la fin, toujours on finit par se parler à soi-même, s’interpeller, se questionner et se répondre, ainsi le jeu d’acteurs du penseur.

« …
Quant à Céline, moi je l’ai lu comme une satire abominable, une féroce caricature et si parfois je me révoltai, m’indignai presque, toujours je l’ai pris de loin le fâché bonhomme qui naquit près de la Seine, et franchement je me suis payé de sacrées rigolades, même des fous rires intempestifs, à un moment de Mort à crédit, le pathétique eut atteint un tel point d’absurdité (déjà, imagine-toi Pathétique qui atteint Absurde...)que j’ai passé une page entière plié en deux et si j’avais pu, je me serais plié en quatre. Toutefois si tu me répliques qu’il n’y a pas que la forme et le plaisir – ce qui, tu me le concéderas, serait un comble de ta part, formes et plaisirs, erm... –, que le personnage et son message compte, que les dégueulasses pourrissent la vie plus qu’il n’est permis (‘permis’…), que toi tu lui eusses volontiers boxé le boxon, et bien je te répondrai que probablement cet être m’eût de même profondément irrité de visu, mais que de un, tu ne m’en tiendras rigueur, je ne l’ai jamais rencontré, de deux va savoir l’âme humaine ! Puis de trois les boxeurs finissent toujours par se congratuler à la fin, les amants devraient en prendre de la graine si tu veux mon avis.

Voilà sinon faut que je file à un texte, à quelque chose, à une idée une pensée, je suis véritablement à feu et à sang, enfin plus à feu qu’à sang, ça on m’en a bien vidé, faut qu’il y ait une occurrence, un inédit, un indélébile, ça bouillonne et ça fait belle lurette que le couvercle a sauté ! Tu l’auras compris, je suis encore tombé sur des affaires désolantes, des insupportables, des pas permis, des honteux des pas raffinés, des qui rendent malade, c’est le grand marasme, la bourrasque la tempête l’ouragan, mince quoi, c’est l’Armageddon !! Moi qui te le dis !
Et juste pour terminer, vu que je suis un entêté, quand même dis, tu te rends compte, ce passage de Mort à crédit, au dos justement de la collection Folio :
C’est sur ce quai-là, au 18, que mes bons parents firent de bien tristes affaires pendant l’hiver 92, ça nous remet loin.
C’était un magasin de « Modes, fleurs et plumes ». Y avait en tout comme modèles que trois chapeaux, dans une seule vitrine, on me l’a souvent raconté. La Seine a gelé cette année-là. Je suis né en mai. C’est moi le printemps.
Je fais confiance à ton honnêteté poétique pour reconnaître que, tout de même, y avait pas que du pourri chez Céline, même si, un comble, la pourriture fut son cheval de bataille.
… »