dimanche, juillet 10, 2005

Entre l'instinct et ses subtilités permettez un mot.

Je reprends 'Entre l'animal et le philosophe il y a l'homme', à lire donc!


Parlant du mémoire de fin d’année universitaire,
‘On ne devrait point obliger les gens qui n'ont rien à dire à s'exprimer, ils le font déjà si souvent.’
mais je laisse libre loisir au lecteur d’étendre le contexte du propos, l’ironie aimant chérir ses victimes.
Sinon attentat à Londres, et je me dis, outre l’espèce de sourire mi réjouissance mi consternation qui m’active le visage, je me dis, et dire qu’en Irak ils ont le même chaque semaine mais déjà je sais combien la saloperie pue dès sa plus petite unité. Quant à cette réjouissance réflexe si je puis dire, réflexe parce que je me la suis souvent remarquée lors d’événements tragiques, je suppose qu’en fouillant les bons ouvrages de psychologie et autre freudrie j’y dénicherais quelque lumière à cette excentricité assez mal venue mais pour l’heure, je dirai simplement, et mettant de côté mes réflexes ainsi que mes états d’âmes :
C’est à la racine, c’est tellement une évidence que j’ai presque honte à m’en faire conférencier de pacotille, c’est à la racine qu’il faut couper le mal. Par exemple, que l’on réduise que l’on aménage – ou ô miracle, que soit sage et possible cette furieuse folie d’aller au fond du fond de tous les compromis envisageables – que l’on annule la dette et surtout l’exploitation des pays pauvres (et désorganisés soyons clairs !). Accompagnons-les d’un même mouvement humaniste ces pays en difficulté, naïf ? Qui sait mais essayons, au moins chérissons de réels programmes de développement, que l’on fournisse que l’on permette d’apprendre, qu’on offre cette richesse à tous, qu’on ait pour dogme le doute et la nuance et que le journalisme ‘libre’ soit une évidence, que la culture multiforme soit une reine et que chacun de ses sujets soit un prince, oui même là où sévit la famine, à l’instant où enfin finira la faim et le sans-abri, déjà viendra le moment de la culture, le temps d’aller s’y recueillir, de la chercher en soi, la partager ou jalousement s’en garder, cette culture, en son sens de cultiver la pensée, qu’on s’en assure !, si sous-estimée, si reléguée à de basses œuvres de philosophe poussiéreux, si charmante à table et consternante lorsqu’on doit ‘quand même’ parler sérieux, cette culture dont on néglige tant le pouvoir la portée l’impact la raison d’être et surtout, la façon d’être, qu’on se le répète, culture Des pensées, pas culture de gros, à la nation, à l’époque mais quel lecteur ne sent par avance et par fatalité déjà toute l’impossibilité, toute l’absurde ambition du texte enflammé tout de ses pensées, et vêtu de la seule vertu de l’imaginaire, tout cela est d’un autre monde, celui de la pensée d’un seul, et puis quoi, c’est une bien belle culture d’encre et papier, puis voilà tout, pas de quoi en faire des acrobaties socio-historiques.
Et si l’auteur continuait son petit bonhomme de chemin autiste peut-être l’entendrait-on s’exclamer " Les animaux se ressemblent d’une génération à l’autre, nous aussi, sauf que la culture nous rend uniques et si précieux, le subtil mérite la vie éternelle ". Et d’une hardiesse peu commune il s’en irait à l’éloquence et aux singulières digressions, celles dont la rhétorique n’est pas peu fière, il vous conterait, ce farfelu auteur, combien le beau a du goût, combien il est capital et même presque vital s’en chérir, oh, et sans doute aussi nuancerait-il son propos de quelque tolérance bien à venue . Et si la folie vraiment le rongeait, il toucherait deux mots de " dictature éclairée " mais pas d’un seul homme !, tout de suite le malheureux pensant d’aussi amère idée, aussi fourbe et vile, présenterait tout ce petit monde corrosif comme l’œuvre d’une transition nécessaire, presque inévitable, comme quoi tous les pays ne seraient guère prêts à la démocratie, la démocratie ce concept confus voire chaotique, lieu de toutes les opportunités et tous les mensonges. Et à plus ruminer il verrait les démocraties de type occidental comme de vulgaires apparats de scène d’un peuple manipulé ne faisant que beugler à chaque flash dont ont l’abreuve. " Est-ce cela, la démocratie, et puis la transparence faut déjà la déchiffrer, qui le peut, une minorité seulement ! et à supposer que transparence il y ait. " Et ainsi il en sortirait de plus belles notre auteur penseur, et des biens mûres !
Mais au moins il aura notre auteur, il aura franchement ouvert son domaine d’expression, vaste et animé, comme on peut le faire à loisir dans ce fouillis qu’est la démocratie et sa compliquée notion de liberté de pensée et parole. N’est-ce pas là pour notre auteur, un certain épanouissement et tous ces débats, stériles ou pas, qui animent le cœur et l’esprit, ou l’un ou l’autre, n’est-ce point réjouissant pour l’intellect ? Rien que par principe ça en vaut sacrement la peine !
Et puis alors, si les philosophes ont quelque peu déserté la scène politique et pour ainsi dire toute sphère de pouvoir, matériel en tout cas, il n’empêche que les grandes idées, quelle que soit leur valeur subjective de bien ou de mal, ont tendance à persévérer à travers les âges, au moins pour une minorité raffinée et si on ne fait des minorités qu’à l’aide de majorités, donc moins raffinées par définition, on se doit néanmoins d’épauler les moins talentueux à moins se faire avoir. On peut penser, par exemple, à l’école obligatoire d’aspiration philosophique et gratuite partout dans le monde jusqu’à un âge mûrissant et plus autonome, ce serait un beau début d’utopie, et ce serait faisable, si ceux qui en ont les moyens le souhaitaient.
Mais les grands manitous ont d’autres projets dans leur chapeau magique, alors on allume sa télé et on regarde, puis c’est toujours le même, l’homme n’a pour ainsi dire presque pas changé, une écrasante masse de débiles limites, plus assommés si possible par quelques profiteurs un peu malins, et puis il y a les désintéressés et les impuissants. Les impuissants font des pitreries soi-disant par solidarité et les désintéressés ne le sont peut-être pas tant que cela, seulement les débiles ne les comprendraient pas, pire ils finiraient par leur reprocher leur aide bien bêtes qu’ils sont, et les profiteurs leur raccourciraient le bonheur, ou le malheur (selon les affinités d’âme), de leur dévorante animalité un peu développée à l’intelligence. Est-ce une raison pour croiser les bras et laisser faire ? Et bien, les vocations sont multiples, mais n’empêche si ça pouvait changer ce serait pas mal, même si la vie l’homme tout ça, toujours, ce sera une affaire des plus compliquées, des plus passionnantes, et aussi parfois.. des plus désolantes. C’est peut-être là aussi qu’y réside le charme, mais de grâce qu’on laisse à chacun la vie de ses émotions de ses passions ou de ses froides raisons car sans vie il ne reste que la bêtise des brutes pour s’en féliciter, combien de potentiels détruits bafoués annihilés et tout ça pour quoi, parce qu’il reste beaucoup d’animalité, avec juste ce qu’il faut d’intelligence bête et méchante.
A la pensée !